jeudi 8 juillet 2010

Europe et démocratie : un désenchantement partagé

L’Europe et la démocratie souffrent des mêmes maux. A savoir qu’elles font parties du paysage mais sont victimes du même désenchantement.

A force de vivre en paix, de jouir de droits importants, chacun fini par oublier le côté exceptionnel de cette situation dans le monde.

Il est plus facile de critiquer le manque de souffle, d’idées nouvelles, d’alternatives flamboyantes de l’Europe et de la démocratie que de se mobiliser pour leur défense.

Le désenchantement démocratique

Mon analyse s’inspire des réflexions très profondes de Marcel Gauchet sur la démocratie.

La crise de la démocratie et c’est vrai aussi pour l’Europe est la conséquence d’un oubli par l’individu du système qui lui procure les droits dont il jouit.

L’individu ne comprend pas pourquoi les institutions sont utiles et il les perçoit comme des freins à son plein épanouissement. Ces institutions sont tour à tour l’école, l’Etat ou la famille,… La légitimité de leur pouvoir de commandement est remise en cause, faute de fondement bien établi.

Comme l’explique Marcel Gauchet, dans les sociétés fondées sur la religion, c’est le lien entre l’autorité et le ou les Dieux qui vient légitimer de l’extérieur cette autorité.

La démocratie a rompu ce lien entre pouvoir et religion en donnant le pouvoir aux personnes élues par l’ensemble des citoyens. La légitimité des dirigeants se trouve donc à l’intérieur même du système.

C’est le passage d’un système hétéronome à un système autonome. Ce passage a eu lieu en occident lorsque la séparation entre le divin et l’humain s’est établie solidement. Le Christianisme a permis cette séparation en distinguant l’ici-bas et l’au-delà. L’Eglise a souhaité régenté l’ici-bas mais les pouvoirs temporels ne l’ont pas laissé faire.

Cette séparation que l’on ne trouve pas dans de nombreuses civilisations anciennes ou modernes est une clé de compréhension de l’occident.

Ce processus d’autonomie ne s’est pas limité à la religion mais s’est étendu à la notion de droits naturels des individus face à l’Etat que l’on retrouve dans les déclarations des droits de l’homme et du citoyen.

L’individualisme contemporain est donc le fruit d’un long processus historique inhérent à la civilisation occidentale.

Aujourd’hui cet individualisme abouti à l’idée que chacun peut vivre et se développer sans le secours d’aucune institution, religion, Etat, famille… Il abouti au fameux désenchantement pour la démocratie et aussi pour l’Europe.

Où allons-nous ?

La question est de savoir si un tel processus peut connaître une inflexion ou au contraire s’approfondir.

Lorsque tout va bien, le processus d’autonomie se développe sans frein et l’individu se retire sur la sphère privée.

En temps de crise comme aujourd’hui, le processus d’autonomie peut être freiné par la peur des individus face à l’avenir. Le paradoxe est que l’affaiblissement du processus d’autonomie ne se fera pas au profit de la démocratie ou de l’Europe mais au contraire de mouvements radicaux prônant un retour en arrière illusoire.

Face à l’individualisme que nous connaissons, les alternatives nées de la crise seront incompatibles avec la tradition des droits de l’homme remettant en cause nos principes d’égalité et de liberté.

L’obscurantisme, le racisme, les fanatismes ne demandent qu’à renaitre en profitant du malaise des personnes.

Nous passerions alors du désenchantement démocratique à une forme de ré-enchantement, certes porteur d’un nouveau sens, mais terriblement rétrograde par rapport aux valeurs portées par l'occident.

Nous devons rester vigilant en n’oubliant pas que démocratie et Europe sont des créations humaines, donc fragiles et mortelles…

1 commentaires:

  1. Bonjour,

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    Je reste à votre disposition !

    PM de Berny

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