jeudi 6 mai 2010

Les larmes d’Athéna

Nous vivons des temps nouveaux qui nous rappellent des temps anciens. Un pays, berceau de notre civilisation, la Grèce, se retrouve dans une situation terrible : pour payer sa dette, elle doit faire appel à l’aide européenne et internationale et en contrepartie doit faire d’importants sacrifices qui touchent directement le peuple grec.

Quelles seront les conséquences de cette austérité sur la stabilité du pays, nul ne le sait. Nous voilà revenu dans des ères de grande turbulence.

Un enchainement historique connu ?

La situation actuelle inédite en Europe nous rappelle la fragilité de nos systèmes politiques et économiques.

C’est le paradoxe de l’époque post 1989 que d’avoir cru que la fin du communisme allait offrir une ère de paix et de prospérité sans limite. Mon impression est que la défaite du communisme a libéré les freins d’une vision purement économique du monde. Inutile de ménager l’autre camp puisque ce dernier venait d’avouer sa défaite. Toute vision du monde souhaitant la mise en place de régulations, d’interventions étatiques, de contrôles était condamnée par avance en particulier au plan européen.

Ce basculement complet et sans frein symbolisé par les excès de la sphère financière était porteur de lourds risques. Mais, les cassandres de l’époque étaient très vite marginalisées voir ringardisées.

La crise brutale du secteur financier en 2008, puis des entreprises et enfin maintenant des Etats est venue soldée avec dureté les comptes de cette époque.

Nous pourrions avoir l’impression d’être revenu aux années 30 du siècle précédent où de nombreux nuages s’amoncelaient sur le ciel européen : crise de 1929, crise financière de l’Allemagne, troubles sociaux et enfin guerre mondiale.

Nous ne sommes bien entendus par entrer dans un tel cycle funeste, en tout cas pas encore…

Est-il encore temps de faire marche arrière et de revenir à un espace plus régulé ?

Un autre paradoxe de notre époque est que de très nombreux experts ou politiques sont conscients des risques de l’enchainement en cours mais que la réponse semble problématique.

Plusieurs raisons expliquent ce paradoxe : tout d’abord, il n’y a pas d’idéologie alternative à celle des marchés financiers basée sur la dérégulation. Toute tentative de régulation est perçue comme un retour aux errements passés du communisme ou sinon du dirigisme. Aucune idée n’arrive à fonder ce besoin de remettre de l’ordre dans la machine infernale.

Ensuite, l’espace de régulation à trouver est hors de portée des instances actuelles : que ce soit les Etats mais aussi les Unions d’Etats comme l’Union européenne. Cette dernière peine à s’entendre en son sein et ne peut imposer ses vues hors de son champ d’actions. Il n’existe pas encore d’instance de régulation mondiale de nature à contrer les forces globales en marche. Il restera toujours un Etat off shore pour accueillir quelques PC et traders en mal de faire sauter le casino…

Enfin, face à une crise d’une telle envergure, aucun leader charismatique n’est apparu pour changer la paradigme dominant et entrainer tous les autres à sa suite.

Ces trois facteurs : nouvelle idéologie, instance globale et leader charismatique peuvent évoluer dans le temps face à une crise qui mettrait en danger l’équilibre démocratique de nos pays.

A moins que l’un ou l’autre Etat du monde ne vienne ramasser la mise d’un coup, laissant exsangue l’Occident. Après tout, le cycle historique de domination de l’Occident touche peut-être à sa fin et cette nouvelle crise globale serait les prémisses de son déclassement mondial.

Pendant ce temps, sur l’acropole, les larmes coulent sur les joues d’Athéna….

0 commentaires:

Enregistrer un commentaire