L’âge hypermoderne
Difficile de penser qu'aujourd’hui nous vivons encore dans l'âge postmoderne.
Nous sommes entrés dans le nouvel âge hypermoderne dans les années 1980/1990. La lecture des ouvrages de Gilles Lipovetsky nous aident à comprendre cette époque où nous vivons.
Notre âge ne se caractérise pas par un retour au temps pré-moderne, comme pourrait le laisser croire un discours nostalgique fondé sur une vie communautaire en symbiose avec la nature. Ni d’ailleurs, ne se caractérise par un retour aux temps modernes avec de fortes institutions reconstituées : Ecole, famille, morale, discipline, autorité…
Cet âge se caractérise par une radicalisation des idéaux modernes et postmodernes offerte par le progrès des sciences et des techniques en particulier de communication.
L’hédonisme post-moderne est maintenant sans limite, c’est le temps de l’hyperconsommation. Ce n’est pas le seul confort matériel qui est visé (tout le monde est largement équipé) mais le confort physique, mental, en un mot le bien être (santé, détente, voyages,…).
Alors que l’hédonisme post-moderne était vécu sur le mode plaisir, libération, celui hypermoderne est caractérisé par une très forte anxiété. Peur de grossir, d’avoir un cancer, de vieillir, d’être exclu de la société de l’abondance…
L’individu hypermoderne ne craint pas le contrôle; il est en demande : plus de sécurité (de caméras), de prévention, de filets de sécurité sociaux, de protections en tout genre… Face à ses peurs, à son anxiété, il veut être pris en charge, rassuré, assisté mais sans pour autant que l'on porte atteinte à son autonomie, son indépendance, sa liberté. Aucun malheur, catastrophe, accident, risque n’est tolérable dans l’âge hypermoderne.
La sensibilité de l’individu au malheur est exacerbée par l’accès immédiat et direct à l’information partout dans le monde. Une information brute, sans analyse, ni repères.
L’individu hypermoderne est à la fois un individu comblé malgré les crises et les exclusions mais aussi un individu inquiet, sans repères, à la recherche d’un hypothétique bonheur que la société et les medias lui promettent. L’excellence est la norme. Etre en forme, heureux, jeune et en bonne santé est le standard et tout écart est vécu sur un mode négatif, de victimisation.
Le politique, discrédité dans la phase postmoderne, est devenu le réceptacle de cette demande de protection, de prise en charge contre le chômage, la maladie, l’insécurité, la détérioration de l’environnement… Le politique est sommé d’apporter des solutions qu’il ne possède pas et ne peut que mimer la compétence en usant au mieux des nouvelles techniques de communication. Les politiques font leur la fameuse phrase de Cocteau « ces mystères nous dépassent, feignons d’en être les organisateurs » (les mariés de la tour Eiffel).
De son côté, la science ou plutôt les technosciences ouvrent des possibilités abyssales qui si elles ne sont pas limitées par un autre ordre pourraient à terme modifier la nature humaine elle-même.
Enfin, la globalisation vient réaliser le rêve des modernes, celui d’un espace unifié, sans entraves, en paix où certains ont vu la fin de l’histoire. D’autres voient dans la globalisation le règne de la marchandise, de l’uniformité, de la délocalisation, de la finance et ils constatent le maintien des guerres, du terrorisme et de la pauvreté partout dans le monde.
Le gouvernent mondial se met lentement en place mais pour certains ce n’est que l’ordre des puissants. Etats, Europe, monde se fondent dans cette logique globale et les cartes du pouvoir mondial se redistribuent à une vitesse inconnue auparavant (déclin pour certains, essor pour d’autres).
La question de la finalité des temps hypermodernes est problématique contrairement aux époques modernes et postmodernes. L’humanisation de l’homme apparaît comme un objectif dépassé, voir ringard à l’heure du divertissement permanent. Par ailleurs, la logique d’épanouissement semble avoir atteint son terme et n’a pas abouti au bonheur tant espéré.
La finalité de l'âge hypermoderne est la « volonté de la volonté », c'est-à-dire qu’il n'a pas d’autre finalité que son propre développement. Il ne s’agit pas d’élever l’homme ou de libérer ses désirs mais de perpétuer le développement du système. Système d’ailleurs qui fonctionne de lui-même, sans maîtres, ni esclaves.
Chacun est alors à la fois le maître et l’esclave du système, procès sans sujet. C’est sans doute le facteur le plus angoissant pour l’individu de cet âge hypermoderne. L’individu se vit alors comme un hamster faisant tourner sans relâche sa petite roue. Il sait qu’il tombera s’il s'arrête de courir. Nul ne peut arrêter ou changer le système.
L’âge hypermoderne est celui qui offre le plus de possibilités à l’individu en termes de connaissance de soi, d’accès au savoir, de bien-être physique et aussi mental. Face à ces possibilités sans fin, l’individu hésite entre plonger dans ce bain bouillonnant ou se figer envahi alors par la peur terrible du vide.
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