Curieuse époque que celle où nous vivons, les fameux temps hypermodernes (voir mon texte sous : http://stephanedesselas.blogspot.com/2010/03/les-trois-ages-de-lindividualisme_07.html ).
Cette époque nous offre à la fois la possibilité pour la première fois dans l’histoire de développer radicalement notre individualité tout en ne masquant pas la nudité de notre être.
L’homme nu
L’homme hypermoderne est nu. Autrefois, l’homme portait de nombreux habits, l’habit religieux, l’habit politique, l’habit familial… Le monde avait beaucoup de sens façonné par les engagements dans ces domaines multiples.
L’habit religieux offre certainement le plus grand réconfort : il y a un sens à être bon puisque les méchants seront jugés à la fin. Il y a un ailleurs à notre monde, un au-delà prometteur après la mort. Les règles morales façonnées par les Eglises encadrent et sont fondées sur un absolu. Je me comporte bien par crainte du jugement dernier mais mon voisin également, ce qui légitime mon comportement.
L’habit politique offre une version sécularisée de l’espoir en un monde meilleur. Il donne du sens par la lutte pour l’avènement de ce monde meilleur. Le combat est sans fin mais l’énergie n’est pas dépensée en vain car la société rêvée semble à portée de main, de révolution… Les idéaux façonnent un comportement fait de beaucoup de dévouement, voir d’esprit de sacrifice partagé avec les camarades de lutte. L’ailleurs de la société sans inégalités, de l’homme libre guide chaque pas.
Aujourd’hui, il n’y a pas d’ailleurs. L’homme a cessé de croire. Il ne croie plus à l’au-delà de la mort, il ne se bat plus pour la société idéale. L’homme hypermoderne évite de contempler ce vide qui l’entoure et qui peut l’aspirer à tout moment vers le néant. Il est banal de constater le poids du divertissement à notre époque, temps passé devant la télévision, l’ordinateur, la console de jeu ou à écouter en quasi-permanence de la musique comme pour meubler son esprit.
Et pourtant, si la solution, c’était de s’arrêter. Dans le silence, de se recueillir, non pour trouver une hypothétique âme mais pour simplement se découvrir comme humain.
Le silence
Il n’y a pas d’ailleurs mais il y a moi. Tel pourrait être le slogan hypermoderne. Au-delà du projet narcissique, n’est-ce pas une formidable opportunité de se découvrir ? Fermons la télévision, débranchons notre i-pod, coupons Internet et voyons ce qui se passe. Probablement, au début, un profond malaise. Notre esprit, comme effrayé, nous sollicitera de toute part de reprendre nos activités. Ayons la force et le courage de lui résister car nous ne sommes pas nos pensés.
Asseyons-nous dans le silence et écoutons notre corps, nos émotions, le vent fou de nos pensées. Quelques minutes passeront et puis une pensée plus forte nous enjoindra de nous activer, de nous occuper, de quitter ce silence oppressant. L’instant sera passé.
A force de silence, nous découvrirons que vide ne veut pas dire néant, que silence ne rime pas avec mort. L’homme hypermoderne peut pour la première fois explorer ce monde intérieur sans être accaparé par les illusions d’hier. C’est sans doute le grand défi de notre époque.
Bonne route…
mercredi 24 mars 2010
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