vendredi 19 février 2010

Antihumanisme théorique, humanisme pratique

L’humanisme semble être devenu aujourd’hui la valeur carrefour partagée par chacun au plan politique et individuel. Se dire antihumaniste sonne comme un affront fait à l’homme, relent des totalitarismes anciens.

Est-ce que les choses sont si simples, voyons de plus prés… Mes propos seront guidés par la lecture des ouvrages d’André Comte-Sponville et de Luc Ferry en particulier la sagesse des modernes.

Peut-on encore penser aujourd’hui l’homme comme une valeur absolue ?

Luc Ferry nous offre une admirable présentation de l’histoire de la philosophie qui nous permet de comprendre où nous en sommes.

Luc Ferry commence son histoire par les sagesses antiques reposant sur un cosmos ordonné et où le but de chacun est de trouver sa place dans ce cosmos en développant ses vertus naturelles.

Ce programme de sagesse est remis en cause par le christianisme qui offre à chacun un espoir immense à savoir la résurrection des corps. La sagesse antique ne peut lutter contre un tel programme et s’efface.

Le Christianisme va lui-même être remis en cause par le mouvement des sciences en particulier à partir du XVIIème siècle. L’objectif des philosophes est alors de maintenir les valeurs chrétiennes mais en les fondant sur la raison et non plus sur la foi. Kant est le plus grand représentant de ce mouvement. Les lumières viennent parachever ce programme en mettant l’homme au centre du système et le progrès et le bonheur comme objectifs et valeurs suprêmes. Nul besoin de Dieu pour fonder ces valeurs.

Ce mouvement va lui-même s’épuiser avec l’arrivée des philosophes du soupçon : Nietzche, Marx, Freud, Heidegger. Leur objectif est de faire tomber la raison de son socle et aussi toutes les valeurs issues des lumières. C’est le processus de déconstruction très bien décrit par Luc Ferry : les valeurs chrétiennes/bourgeoises sont remises en cause, l’inconscient vient obscurcir le royaume de la raison, le progrès fait place à un « process sans sujet » (l’histoire n’a pas de sens et ne va nulle part), le monde de la technique nous domine loin de l’être.

L’homme n’est plus au centre du monde, il est déterminé de toute part, par sa classe sociale (marxisme), son histoire familiale (freudisme) voir ses déterminants biologiques (neurosciences).

Luc Ferry souhaite offrir une alternative à cette situation en proposant un nouvel humanisme fondé sur des valeurs comme l’amour, la place de la famille, le souci d’autrui.

Pour ma part, j’ai du mal adhérer à cette approche en tout cas d’un point de vue théorique et c’est pourquoi je parle d’antihumanisme théorique.

Si l’homme est la valeur ultime de nos sociétés, alors comment expliquer la violence, le meurtre voir la torture d’un innocent du fait de sa religion. Comment expliquer que la politique ne soit fondée que sur les seuls rapports de force et que l’homme puisse être souvent sacrifié face à la nécessaire adaptation à la mondialisation par exemple ?

Est-ce que Luc Ferry, ministre a senti ce décalage entre son humanisme et la réalité de la vie politique ? Qui a gagné, les valeurs de Luc Ferry ou le rapport de forces politique, syndical (voir mon article sur les fondements de l’action politique) ?

Ne parlons même pas de la nature qui souffre en silence de la valeur absolue donnée à l’homme au risque de la destruction totale ?

Et aussi des sciences du cerveau qui montre un homme totalement conditionné redonnant toute sa force aux théories comportementalistes extrêmes (Pavlov, Skinner) ?

C’est pourquoi, il me semble très difficile de donner aujourd’hui à l’homme la place de valeur absolue et qu’il faut là encore faire preuve de modestie face au monde réel.

Prenons encore quelques exemples, si l’homme est la valeur absolue, comment accepter le meurtre du SS par le résistant, l’avortement ou encore l’euthanasie ? Voir simplement la légitime défense ? L’homme ne peut être la valeur absolue sans grandes contradictions pratiques.

Quelle est la solution si l’homme n’est plus la valeur suprême? Tomber dans le nihilisme qui ne croit en aucune valeur et peut faire de l’homme l’instrument de sa propre réussite (voir mon article sur les lobbyistes nihilistes) ?

Certainement pas, et c’est pourquoi un humanisme pratique retrouve toute sa place.

Pour un humanisme pratique, l’homme comme valeur relative

S’il n’y a pas de valeur absolue (voir mon article sur le lobbyiste nihiliste), il reste des valeurs relatives à chacun. Et pourquoi, ne pas faire de l’humanisation, l’une de ces valeurs. A savoir être plus humain, plus respectueux des autres, avoir en vue leur bien et leur élévation.

Défendre l’homme comme valeur relative, c’est accepter que parfois d’autres valeurs puissent être plus grandes : la justice, l’amour, la nature, la vérité ou la dignité par exemple.

Mais, c’est aussi se battre pour que l’homme reste une valeur centrale face à la mondialisation, à l’économisme, au règne de la technique et de l’argent.

Il n’y a nulle contradiction, simplement le choix du réel tel qu’il est. L’homme, n’est ni bon, ni mauvais mais il peut faire le bien ou le mal. Il n’est pas le maître de cet univers, mais simplement une petite partie de celui-ci et pas forcement la partie la plus évoluée (un documentaire d’Arte montrait le dialogue imaginaire entre une bactérie et un homme et la bactérie démontrait qu’elle était bien plus évoluée que l’homme en termes de résistance ou d’adaptation à son milieu !).

Gardons nous donc de diviniser l’homme mais tentons de nous humaniser un peu plus tous les jours…

7 commentaires:

  1. Intéressant.

    De même que Jean-Paul Sartre a pu dire de de l'existentialisme qu'il était un humanisme, il faut croire, dans le cas de Luc Ferry, que l'humanisme est un idéalisme.

    Je m'explique : le faisceau de valeurs qu'il suggère doit certainement se concevoir comme un horizon de fin. Bien que connaissant peu la pensée de se philosophe, je ne le crois pas assez naïf pour postulant que l'homme est fondamentalement bon en droit (ce qui nous la pensée d'un certain Jean-Jacques Rousseau).

    Enfin, j'ai peur que le relativisme ouvre bel et bien la porte au nihilisme. Il est possible que je fasse un contresens, défendre l’homme comme valeur relative, c'est mettre au même niveau amour au violence, création et destruction.

    L'humanisme pratique, bien que s'appuyant sur une conception plus humble de l'homme, me semble problématique même s'il s'inscrit effectivement mieux dans notre modernité. En revanche, vous ouvrez une porte intéressante avec le concept d'humanisation comme valeur supérieure.

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  2. Merci pour votre commentaire.
    Il faut se situer entre deux extrêmes: la divinisation de l'homme, qui oublie que l'homme a aussi des devoirs vis-à-vis de la justice, de la nature, d'autrui ou de la vérité et le nihiliste qui n'a aucune valeur et fait de l'homme un simple moyen.
    Ce n'est pas toujours facile...

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  3. Il y a aussi l'homme diable, mais est-ce un Homme ? et les lobbies qui vous sont chers dans tout çà ?

    Car vous verrez, à la lecture de ce qui paraît sur aux points 5 et suivants du lien suivant :
    http://infos.fncv.com/post/2009/04/17/Cyber-gendarmes-contre-cyber-predateurs-pedophiles

    …, qu’il existe des lobbies de protection du crime et de l’innommable. Savez-vous si cette protection est seulement nationale, mondiale ?

    Les simples citoyens, comme moi, peuvent-ils adhérer à un lobby pour que cessent de telles horreurs dans la gendarmerie et la Justice Française ?

    Est-il bien humain de discourir sur l'Homme avant d'arrêter le massacre ?

    Vous, Que faites-vous ?

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  4. Merci pour ce commentaire Georges.

    Oui, l'homme peut faire le meilleur mais aussi le pire, c'est pourquoi il est difficile d'en faire un absolu.

    Je ne souhaite pas commenter votre information.

    Pour ma part, je pense que la création de lobbyistes commis d'office pourrait ouvrir plus largement le lobbying aux citoyens.

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  5. ...et si Luc Ferry faisait partie du lobby de l'industrie qui veut endormir les gens en leur montrant un ennemi, la nature, et un Dieu, eux-mêmes? Et si ça marchait ?

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  6. ...et si Luc Ferry faisait partie du lobby de l'industrie qui veut endormir les gens en leur montrant un ennemi, la nature, et un Dieu, eux-mêmes? Et si ça marchait ?

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  7. Le principal effet du Nouvel ordre, ouvrage fondateur de la gloire de Luc Ferry, a été de geler les tentatives de penser autrement, en frappant de suspicion en France toute réflexion sur la nature qui s’écarterait de son interprétation de l’humanisme

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