jeudi 28 janvier 2010

Les lobbyistes : sceptiques, sophistes ou nihilistes ? Deuxième partie

Les lobbyistes et les valeurs.

Alors que la vérité est absolue (deux et deux font quatre), les valeurs sont par nature relatives. Ici, c’est la solidarité que l’on défend, là la libre entreprise. Ici, la protection des salariés, là le libre marché. Ici, la laïcité, là l’union de la religion et de l’Etat…

Il y alors deux grandes attitudes face aux valeurs (en dehors de celui qui croit que ses valeurs sont absolues et veut les imposer aux autres, souvent par la force) : soit penser « que tout se vaut et donc que rien ne vaut », c’est l’attitude nihiliste où aucune valeur n'est supérieure à une autre. Dieu est mort, Marx est mort, les idées sont usées à force d’avoir été tordues en tout sens, seule une grande fatigue domine.

Le lobbyiste nihiliste et sophiste ne croit en rien, il pense que la vérité n’existe pas et qu’aucune valeur ne vaut la peine d’être défendue plus qu’une autre. A quoi bon se battre pour la justice, car c’est l’injustice qui règne. A quoi bon se battre pour la raison alors que le monde est fou. A quoi bon se battre pour la liberté puisque nous sommes tous esclaves de l’argent, du pouvoir, du sexe … Il est alors possible de tout défendre, puisque toutes les causes se valent et ne valent rien et que seuls la forme et le réseau comptent: dictature, secte, traffic illicite... Santé, durabilité, écologie, droit des consommateurs, liberté de choix peuvent être retournés, manipulés à loisir. Seul compte l’objectif : gagner !
Ce type de lobbyiste est finalement plus rare qu’on ne le pense car le nihilisme total est lui aussi assez peu fréquent et il est rare qu’aucune valeur ne surnage (famille, liberté, sécurité, propriété…).

La difficulté pour le lobbyiste non nihiliste réside plus dans la définition et la hiérarchisation de ses valeurs et donc dans les limites qu’il décide lui-même de se fixer. La relativité des valeurs vient compliquer sa tâche et augmenter son scepticisme. Il en a peut-être trop vu… Finalement, les cas extrêmes sont rares et rares les lobbyistes qui veulent défendre un tyran, une secte… Plus compliquée, la question relative à une industrie polluante, des industriels de l’armement, le tabac, l’alcool; des activitès licites par ailleurs. Qui est tout blanc, qui est tout noir ? Quel argument, quelle approche sont manipulatoires en dehors du fait de mentir purement et simplement ou de tromper sur son identité?

La réponse est-elle finalement d’ordre personnel ou est-il possible de fonder une éthique du lobbying? A suivre...

1 commentaires:

  1. En entrant en tant que lobbyiste dans le monde des jeux avec mon héritage judéo-chrétien (même si on veut faire croire que nous ne sommes pas un petit peu programmé)je me suis posée la question des valeurs. Cette recherche de valeurs est constante quel que soit le secteur, elle permet la création d'une identité. Cette identité permet de se différencier des autres. Finalement la synthèse des valeurs devient la vision européenne. Avec sa capacité d'écoute, la Commission européenne est une usine à fabriquer les valeurs européennes, si elle ne le fait pas (comme c'est le cas dans le secteur des jeux) alors l'anormalité n'a plus de définition, l'illégalité non plus, l'éthique n'a plus de raison d'être. Ce métier est donc lourd de responsabilité, je n'en connais aucun qui n'en soit pas conscient, heureusement...faut-il tenter de le conceptualiser en fondant une éthique du lobbying? Là aussi, la hiérarchie des valeurs sera différente pour chacun mais le fait d'en discuter et d'y réfléchir nous en apprendra toujours un peu plus sur nous-même.

    RépondreSupprimer